Voici l'adresse du poète; http://www.zipiz.com/kronik.htm
Et allé, j'en met deux pour le plaisir.
Le linux habens
Nous allons nous intéresser aujourd'hui à une vermine dont la prolifération inquiétante réclame une connaissance approfondie afin d'envisager les moyens les plus appropriés à son éradication. Il s'agit du linux habens, un redoutable parasite, qui a trouvé dans la proximité des ordinateurs, avec leurs enchevêtrements de câbles, leurs claviers aux touches poisseuses, la chaleur constante qui émane des unités centrales et la phosphorescence blafarde des moniteurs, un environnement idéal à sa multiplication.
C'est une forme de vie végétative, très fruste, dotée d'un système cérébral primitif, réduit à sa plus simple expression, bineuronal, bistable commuté blanc/noir oui/non allumé/éteint, quoique plus souvent éteint qu'allumé. Pour rudimentaire que soit ce système il n'en est pas moins largement suffisant à assurer l'ersatz de pensée articulée qui monopolise l'essentiel de ses maigres ressources intellectuelles, et qui est presque entièrement constituée d'autosatisfaction ainsi que d'une croyance inébranlable en sa supériorité.
Cependant la conscience larvée de son insignifiance profonde quoique profondément enfouie en lui, l'amène au moyen d'un mécanisme de surcompensation assez bien décrit par A. Glutzenbaum dans son livre "Anatomie du Rien " (PUF - 1987) à manifester à tout propos une intolérance aussi agressive que spontanée et à tel point remarquable qu'on surnomme fréquemment le linux habens, Torquemada d'opérette ou ayatollah de bazar.
Une vacuité totale associée à un manque de discernement provoqué par l'absence d'état transitionnel, qui est rappelons le brièvement, une conséquence directe de sa nature bistable, perturbe profondément son sens des valeurs et le conduit à prendre un vulgaire système d'exploitation pour un mode de vie doublé d'un système philosophique.
Il s'agit cependant d'un moindre mal, les cas les plus graves sombrant irrémédiablement dans une fantasmagorie à caractère paranoïdo-schizoïdale caractérisée par des crises de délire aiguë pendant lesquelles le sujet se prend pour un héroïque résistant en lutte contre des forces innombrables à la solde d'un oppresseur totalitaire et omniprésent auquel il donne le nom de Windaube.
En proie à de fréquentes hallucinations toujours accompagnées de délire de la persécution il voit partout ce qu'il appelle des neuneus. Cette obsession à caractère monomaniaque trouve vraisemblablement ses racines dans le refoulement d'une image de soi qu'il projette sur les autres pour tenter vainement d'exorciser sa nature profonde. Peu familier du freudisme des tréfonds nous nous abstiendrons donc de pousser plus avant la description de troubles psychiques réclamant l'intervention impérative d'un psychiatre familier de ces pathologies lourdes en phase terminale.
Un sectarisme profond séquelle des états hallucinatoires précédemment décrits l'amène à accorder une foi aveugle ainsi qu'un intérêt parfaitement démesuré à l'expression par un parfait crétin de sottises émises au moyen d'un outil dûment approuvé par son comité d'éthique, à l'exclusion de toute autre forme d'expression..
Il communique avec ses semblables au moyen d'un langage rudimentaire au contenu sémantique nul mais amplement suffisant compte tenu de la faiblesse intrinsèque du message qu'il véhicule. Ce langage est principalement composé de métatermes dont un revient systématiquement, il s'agit du terme " luser ", censé rendre compte de tout, personne ou situation échappant à son très faible entendement
Il manifeste parfois bruyamment une joie difficilement compréhensible pour l'observateur et en laquelle certains théoriciens avancés ont voulu y voir l'expression d'un embryon de sens de l'humour. Sens de l'humour s'exerçant généralement au détriment du luser qui ne sait pas que c'est le kernel 2.0.4.248. révision A23.B qui prend en charge les cartes accélératrices turbo-speed et non le kernel 2.0.4.248. révision A23.A. Nous laisserons cependant au théoricien avancé la responsabilité de ses hypothèses.
On ne connaît rien de ses moeurs sexuelles et il semble préférable de penser qu'il n'en a pas, à moins que l'on admette pour manifestation sexuée une tendance certaine à l'onanisme qui fait de lui un parfait branleur . Son mode de reproduction reste inconnu, on préfère penser qu'il apparaît spontanément, car l'hypothèse qu'il puisse exister une femelle de la race avec laquelle il pourrait copuler et reproduire est bien trop effrayante pour être prise en compte.
Comme on le voit au terme de cette brève description le linux habens est une vermine nuisible, un parasite à classer dans la même famille que les cafards ou les punaises mais qu'il s'agit là d'une espèce déviante, un avatar aussi néfaste qu'improbable du linuxien commun qui lui est un animal charmant quoique un peu timide vivant paisiblement à l'écart du bruit et des nuisances occasionnées par son redoutable cousin.
On constatera une fois de plus qu'à partir d'une même souche et dans des conditions d'existence identique la nature facétieuse peut produire de lamentables abrutis ou des gens délicieux.
Un moyen efficace pour lutter contre le linux habens est de manifester à son encontre le plus grand des mépris. Un moyen radical pour s'en débarrasser consiste à l'écraser sous le talon, on notera cependant qu'il est recommandé de le faire du pied gauche, puisque c'est censé porter chance.
Dans une chronique prochaine nous nous intéresserons au programmeur Java, une autre variété de pénible, persuadé celui-ci d'avoir inventé les bases de la programmation parce qu'il est incapable de manipuler un pointeur.
Avoir du punch ou pas.
Faisons mentir la sagesse populaire, il n'y a pas que les bonnes choses qui ont une fin, d'autres aussi en ont une. En voici une preuve : ce qui suit sera ma dernière chronique. Bien que je ne sois pas certain que cela en soit vraiment une, appelons la ainsi par commodité.
Ayant commencé ces chroniques en décrivant par le menu, mais avec une évidente retenue dont ils me sauront gré je l'espère, les sentiments vibrants d'estime que m'inspirent quelques crétinoïdes anencéphales, ayant trouvé en cadeau bonux dans leur paquet de céréales du matin, un cd en prêt-à-booter de linux (l'OS trop élite de reBelZ), un sujet somme toute relevant de l'informatique, il me semblait opportun par souci de symétrie, de les terminer sur quelque chose de même nature. Et ainsi, n'ayons pas peur des images un tantinet élimées aux entournures, la boucle sera bouclée
J'exerce un très beau métier. Je vous dis ça et je n'en suis pas peu fier, parce qu'il n'y a pas longtemps que je le sais. Cela, qui j'en suis certain, ne va pas manquer d'ajouter à mon existence le rutilant qui lui faisait un peu défaut jusqu'à ces jours, je l'ai appris lors d'un dîner en ville, un pince-fesse quelconque. Une des ces manifestations de sociabilité machinale à laquelle il m'avait été impossible de me soustraire. Je le déplore, parce que s'il est vrai que j'aime bien l'humanité, je l'aime encore mieux à l'état d'abstraction, vu qu'elle a une déplorable tendance à se matérialiser le plus souvent sous la pénible forme du fâcheux.
Je ne l'attribue pas à autre chose que la consommation immodérée de distillats de canne à sucre d'origines diverses, mais pour une fois, renonçant aux habituelles manœuvres tendant à faire accroire à mon interlocuteur que j'oeuvrais comme employé aux écriture, charcutier zingueur et autres déclarations dilatoires pour ne pas dire fallacieuses, à un quidam qui me demandait dans quel branche j'exerçais des talents à l'évidence peu perceptible mais néanmoins indiscutable, je répondis informaticien. Précisant, je ne sais pourquoi, administrateur système.
Ne croyez pas que le refus de dévoiler ordinairement la teneur de mes coupables activités, est motivé par un mépris de l'interlocuteur, incapable d'en saisir l'essence, mais comment voulez vous expliquer à autrui ce que vous-même êtes incapable de formuler, parfois de comprendre ?
Au pays de " J'en ai cauchemardé, Billou l'a fait ", la meilleure définition que je puisse donner de mon métier c'est : faire en sorte que tout soit bien moins pire que ça ne devrait l'être. Dans un système où les maçons maçonnent, les présidents président et les énarques contribuent au déficit de l'état, toutes activités également honorables et identifiables par le premier venu, je doute fort de la recevabilité de ce que je n'ose pas appeler une explication.
D'ailleurs cela pourrait être compris que j'éviterais soigneusement d'en faire état. Je me vois mal répondre cela à mon lider maximo charismatique, plus communément appelé directeur général, dont le regard qu'il porte sur moi est habité de la perplexité abyssale de qui se demande en permanence " Mais à quoi donc peut bien servir cet être là ? ".
L'informatique ! S'il savait en quel Moloch brownien passe son pognon, le pauvre homme. J'ai parfois l'impression d'être un médecin, évitant d'informer un patient atteint d'une maladie incurable, de la gravité de son état.
C'est affreux. Quand je pense qu'il en est pour s'étonner que les administrateurs système soient tous caractériels. On le serait à moins.
Mais je m'égare, revenons à notre quidam. Je pensais qu'il me demandait à quoi je perdais ma vie, dans le seul but de m'expliquer pendant des heures, à quoi lui gagnait la sienne. Je m'apprêtais à subir le récit de ses exploits avec un stoïcisme non dénué de grandeur, lorsqu'une lueur, qui aurait normalement due en des circonstances moins chargées en substances éthyliques, m'inciter à prendre mes jambes à mon cou, apparut dans ses yeux quasi hallucinés, en même temps qu'il s'exclamait " Informaticien ! Comme vous avez de la chance ".
Ça commençait mal.
Parce que j'ai beau chercher, je ne vois pas bien ce que, retaper à longueur de journée des juke-box mp3, pompeusement baptisés du terme d'instruments de productivité individuelle au service de l'entreprise, jouer à cache-tampon avec les virus et assurer une bande passante décente au service de la consultation de bourse-en-ligne.com, chat-en-ligne.com et grosse-cochonne-en-ligne.com, puisse avoir de chanceux.
Notez bien que je ne me plains pas, hein ! Il existe des tas de gens qui sont véritablement obligés de travailler de leurs doigts, dans des environnements parfois insalubres, et qui sont eux certainement à plaindre. Mais reconnaissez ce que peut avoir de déstabilisant tout ça, pour quelqu'un qui a connu les époques idylliques, où quoi qu'on injectât dans un ordinateur ressortait sous deux formes et pas une de plus : un core dump ou un listing de valeurs quelconques. L'un ou l'autre deux approchant les mille pages et pesant ses cinq kilos comme qui rigole.
C'était le bon temps. J'ai repris un peu de punch pour oublier.
Mais en fait non, tout cela, que j'essayais de lui expliquer, relevait des servitudes, d'une mécanique triviale dont il n'avait que faire. Il est vrai que si l'on voit des gens s'enthousiasmer globalement pour un moteur, rares sont ceux qui poussent la vénération jusqu'à la courroie de distribution ou le joint de culasse.
Non, lui était manifestement sous l'influence de lectures psychotropes malheureusement en vente libre. Des publications à forte teneur en cybercouennerie lourde, qui tendaient à faire passer l'Internet et ses dérivés communicants comme la lune, pour la nouvelle frontière. Le lieu édénique de tous les délices, parangon de démocratie future, j'en passe et des meilleures. Pour plus de précisions, merci de vous référer aux périodiques librement disponibles dans toute bonne salle d'attente.
Il me voyait donc comme une espèce de sentinelle aux avant-postes d'une ébouriffante modernité, détenteur de la Connaissance, éclaireur chargé d'illuminer le chemin menant au nirvana technologique.
D'où le très beau métier que j'avais la chance d'exercer.
Qu'on puisse m'imaginer ainsi, avait malgré le mélange liqueur des îles sirop de sucre de canne (5 volumes pour 1), quelque chose de bouffon qui m'a incité illico à reprendre deux punchs dans le même verre. Pour éviter de salir bêtement de la vaisselle.
Il faut reconnaître cependant que l'enthousiasme qu'il manifestait à l'endroit de la cyberitude en marche ne lui avait pas fait perdre tout sens critique. C'est suffisamment rare pour mériter d'être signalé. Il s'inquiétait à juste titre, de ce que l'Internet soit un repaire de pédophiles nazis, s'échangeant des recettes de bombes pour faire sauter les chars de l'ONU s'apprêtant à envahir le Montana.
J'ai repris un autre punch en lui accordant qu'effectivement le bonheur global ne s'obtiendrait qu'au prix d'un indispensable nettoyage, mais le plus urgent pour l'instant, consistait à empêcher des terroristes enturbannés d'expédier de l'anthrax par messagerie électronique. Ce dont il a convenu.
Après un autre punch, ou trois, je ne sais plus trop bien. Nous avons dû tomber d'accord sur un certain nombre de points, notamment sur le caractère séculaire de la fourberie féminine et sur le temps détraqué pour cause de trou dans la couche d'ozone, mais il faut bien dire que le reste m'échappe un peu.
Ce qu'il y a de bien avec le punch, c'est qu'on peut en boire beaucoup sans être malade. Enfin, si l'on fait abstraction des jours qui suivent. En tout cas la prochaine fois que l'on me dira que je fais un beau métier, je méditerai ça sur fond de jus d'orange.
MachiN
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